Transat retour : Bermudes - Açores

02 juin 2022 * Jour 0

Et voilà, nous y sommes : c’est le jour du départ pour les Açores ! Ici nous avons 1h pour partir après avoir fait la clearance de sortie, dommage on aurait bien fait ça la veille pour être tranquille. Mais au moins cette fois, on ne la perdra pas !! 😝 Presque prêts au départ nous allons donc voir les douanes. Pas de chance ils sont en réunion et nous devons attendre « quelques minutes » dehors.. 1/2h après on peut enfin faire la sortie ! Déclaration faite, dernier check météo avec le wifi, derniers pas à terre pour l’équipage, puis retour sur Levenez. Nous remontons l’annexe. Après avoir tenté de la mettre sous la baume, elle va finalement à l’avant comme d’habitude. 12h30 : moteur allumé, ancre levée, il ne nous reste plus qu’à enlever l’ancre pour la mettre dans les coffres. Puis nous hissons la GV, c’est parti !!! 

Nous remontons le chenal sous un grand soleil qui met en valeur ce paysage magnifique. Sortis de la passe, nous déroulons le génois. Nous voilà à 6 noeuds au portant sur une mer calme et sous un beau soleil ! 👌 De telles conditions me font jouer l’imprudence. Je filme le paysage depuis le roof, jusqu’à ce que Jed  crie « BAISSE TOI !!!!!! » Un ordre si convaincu que mon cerveau l’a transmis en un temps record à mon corps ! Je me retrouve à plat ventre devant la capote. La baume empanne, et ma tête… à eu chaud !! 

Nous savourons d’être en short & tee-shirt, bien conscients que les bonnets et pantalons seront bientôt nécessaires. Le ciel est superbe avec des nuages légèrement rosés, ils doivent être chargés de sable. Cela donne des reflets d’aube ou d’aurore en plein milieu du jour ! Au goûter c’est… crêpes chocolat !!! Presque les mêmes que celles qu’on trouve en Bretagne !! ☺️

Pendant ma sieste, Jed voit un baril à moitié immergé passer à 1m de Levenez 😳

Au menu ce soir : gratin de pâtes (préparé avant de partir) ! Idée que nous allons retenir, ça passe bien mieux que les lasagnes ou quiches trop fortes en goût ! 

Nous sommes un peu décalés ce soir, je vais me coucher à 20h au lieu de 19h. Le soleil est encore bien haut et chaud, ça fait bizarre après 1 an 1/2 aux Antilles où le soleil se couche à 17h !

Cette première nuit n’est pas très bonne. Le vent mollit ce qui donne aux vagues le pouvoir de faire claquer les voiles à chacun de leur passage. 3h00, changement de quart : le vent est de 5 noeud, notre vitesse de 2,5 noeuds et le cap commence à ne plus être juste. On décide de soutenir les voiles avec le moteur. Donc pour dormir c’est soit les voiles qui claquent soit le moteur 😁 Ni l’un ni l’autre ne dormons beaucoup. 

03 juin 2022 * Jour 1

Au petit matin les voiles ne sont plus du tout gonflées et claquent, on les affale pour ne garder que le moteur. Je tente de faire un casque anti-bruit avec la couette mais ce n’est pas un grand succès ! A bâbord c’est un beau ciel bleu, tandis qu’à tribord c’est tout moche ! Qui l’emportera ?!

Les nuages se répartissent finalement dans le ciel ce qui débloque le vent. Après 7h, arrêt du moteur 🥳🥳 

Nous sommes dans le cockpit, Tobago aboie depuis le canapé. On regarde et on comprend qu’il se voit dans les vitres 😄

Puis le vent revient et la gîte s’invite. Le ciel est gris. La douche n’est pas du tout tentante !! On attend espérant un créneau meilleur. Et on fait bien !! Nous la prenons en fin d’aprem sous un soleil bien chaud et peu de gîte. Nous avons même de l’eau chaude grâce au moteur de cette nuit 👌 Nous filons à 6-7 noeuds sur une mer calme, on savoure !!! Des grains nous font de l’œil mais on y échappe. 

Cette fois-ci pas de moteur pour la nuit !! Le vent oscille entre 11 et 22 noeuds, et Levenez avance entre 6 et 9 noeuds ! 😃 Malgré les réglages de voiles que nous imposent les changements du vent, nous nous reposons bien plus que la nuit précédente. Une petite pluie s’invite en cours de nuit, juste histoire de nous mouiller les pieds et de nous faire froncer les yeux et le nez lors du tour d’horizon.

04 juin 2022 * Jour 2

Levenez file toujours. La pluie et l’humidité de la nuit ont bien trempées le cockpit, ce sera donc un petit dej intérieur. Les vagues passent leur chemin sans violence mais chatouillent tout de même un peu Levenez au passage. Le thé devient alors tout un art. La température d’abord : il doit être bien chaud pour être apprécié mais pas trop pour être bu rapidement car, ne pouvant pas poser le mug sur la table, on est coincé avec. La dégustation ensuite : réussir à incliner la tasse en synchronisation avec les vagues. Exercice difficile ! Le plus souvent vous vous retrouvez avec une gorgée bien plus petite ou plus grosse que celle désirée ! 

Jed se réveille et me rejoins dans le canapé sous le pled. Une vraie petite cabane !! Tobago sentant tout ça vient se blottir aussi, sans ouvrir un œil ! Debrief de la nuit : en fait Jed n’a pas arrêté ! Grain, pluie en vent arrière = pluie dans le bateau, mise en place des portes de la descente, vidange de l’eau dans les cales, écope du lazy bag, enlèvement des portes de la descente, … et moi je n’ai rien entendu de tout ça ! 😅😴

Le soleil prend le dessus et sèche petit à petit Levenez. À midi, déjeuner en plein soleil et Levenez file toujours à un bon 7 noeuds ! Nous recevons le vent au travers avec des vagues plutôt bien orientées ce qui rend la vie à bord encore bien agréable. C’est vraiment plaisant d’avancer aussi vite aussi longtemps. 

L’heure du nettoyage, douche & dessal sonne ! Nous décidons d’allumer le moteur le temps de faire tourner le dessal pour ne pas trop descendre les batteries. Le moteur ne démarre pas tout de suite ! Le 2e relais doit probablement avoir besoin du même coup de nettoyage que celui donné au 1er… 

Nous voyons des geysers au loin, mais malheureusement aucune forme sortir de l’eau. 

Comme toute les fin de journée en navigation, Tobago a son petit coup de folie ! Il aboie fesses en l’air dans le canapé, à deux doigts de faire des roulades. Ça nous fait toujours autant rire 😄 Ce soir c’est galettes œufs jambon fromage au menu 😋 Une petite pluie nous fait dîner à l’intérieur mais ce n’est pas désagréable. On passe un bon moment tous les deux avant que la nuit commence. 

Et quelle nuit !! Le vent tombe pendant mon quart et nous avançons péniblement à 2 noeuds. Le ciel est chargé et des éclairs illuminent le ciel. Pas de tonnerre, ils ont l’air loin. Nous tenons de moins en moins le cap… Quand nous en sommes au point de presque faire demi-tour nous virons. Le vent remonte à 12 noeuds pendant le quart de Jed puis d’un coup nous nous prenons une claque à 27 noeuds ! Toutes voiles dehors on le sent passer !! Jed saute sur l’écoute de GV pour la choquer, et moi je saute du lit pour l’aider. On rentre le génois. Une cellule orageuse a l’air de s’être développée juste au-dessus de nous car rien n’apparaît au radar (ce qui est juste au-dessus de nos têtes n’est pas détecté par le radar). Ça passe finalement et le vent se stabilise à 18 noeuds. On reste uniquement avec la GV pour le reste de la nuit parce que… on a envie de dormir !! 😉 

05 juin 2022 * Jour 3

Le jour se lève, c’est bien agréable que les nuits soient courtes (20h30-04h30). Je ressors le génois, c’est reparti à 7 noeuds de vitesse vent arrière. 

Les nuits n’ont pas été très reposantes jusqu’à maintenant, la journée est donc calme. On alterne siestes, films et discussions dans le cockpit. La mer paraît démesurément formée par rapport au vent que nous lisons. Elle nous fait rouler parfois sans ménagement.  

Depuis 48h la réception des messages météo de papa sur le téléphone satellite est laborieuse. Ça commence à agacer le capitaine qui essaye pendant plusieurs heures, debout dans l’escaliers, de ratisser le ciel avec l’antenne. Et puis enfin on reçoit le message du jour. Une dépression arrive derrière nous et nous devrions nous prendre 30 noeuds de vent dans 2 jours. Sachant qu’en général on ajoute 20% sur les prévisions, ça va souffler sur Levenez..! Tout dépend d’où on recevra le vent. Plus de 30 noeuds de face sera vraiment dur, si nous les avons au portant ça sera déjà beaucoup plus acceptable. On verra bien ! Mais ça travaille un peu les esprits. Le capitaine reste très serein. De mon côté ça me met un petit coup de stress. En attendant profitons de ce que nous avons et tâchons de nous reposer au maximum. Il est 19h : au dodo !!

06 juin 2022 * Jour 4

La nuit fût stable et donc plus reposante. Nous n’avons quasiment pas touché aux voiles. Le matin est tout paisible, le soleil chasse délicatement l’humidité de la nuit, la mer est calme, Levenez avance à 7 noeuds. Si on pouvait avancer suffisamment pour ne plus être dans la trajectoire de la dépression ça serait trop bien !! Mais il y a peu de chance (notre vitesse = 5-7 noeuds, vitesse de la dépression = 30 noeuds, on ne rivalise pas !). Du coup on essaye d’anticiper : préparation de sandwich, œufs durs et autres choses facilement grignotables et qui calent. 

L’après-midi le vent monte légèrement mais tout est normal. 

Aujourd’hui Jed reçoit facilement les messages météo 🙌 Et malheureusement la dépression n’a pas disparue en 24h 😁 Elle sera même sur nous plus tôt que prévu ! Ça devrait commencer à forcir à partir de 18h et le pic est annoncé à 30-41 noeuds de vent à 06h demain matin 😨 On évite d’ajouter les 20% habituels aux prévisions et la vitesse de déplacement de la dépression sinon le résultat est trop stressant !! 😄 

En fin d’après-midi midi nous affalons la GV. Nous préférons n’avoir que la voile d’avant, qui plus est sur enrouleur, à gérer lorsque la fête commencera. Peut-être que nous regretterons la stabilité que la GV donne au bateau… Pas toujours facile de savoir quelle stratégie adopter. Nous avançons toujours à 7,5 noeuds ! 👌 Nous saucissonnons le bimini et verrouillons la position des panneaux solaires pour éviter des prises au vent. On vérifie que tout est bien calé dans le bateau.

Nous dînons tôt et une fois la vaisselle faite, essuyée et rangée, nous voyons un front de nuages avançant à une vitesse impressionnante (la vitesse d’un cheval au galop selon le capitaine !) A peine le temps de les remarquer sur notre tribord qu’ils sont déjà sur notre bâbord. Ensuite c’est un spectacle fascinant que nous offre les nuages et le soleil. C’est tant hypnotisant qu’on en oublie que c’est annonciateur d’un système météo pas très cool. Certains nuages ont des nuances de couleurs très étranges, du bleu du vert du rose, comme une flaque de carburant. Certains nuages très hauts sont comme un champ de moutons tout paisibles, qui ne bougent pas. On pourrait contempler le ciel des heures… mais il est temps d’aller me coucher. Surtout qu’il va nous falloir des forces !! 

Difficile de trouver le sommeil et un petit tour au toilettes me fait relever. Au vu des couleurs du ciel, le coucher de soleil avait l’air magnifique. Jed l’a pris en photo pour me faire plaisir ☺️ Mais désormais il est plongé dans les bouquins sur les systèmes de dépression et essaye de comprendre où nous nous situons par rapport à celle-ci. La partie sud, où nous serons à priori, est la partie appelé « dangereuse ». Dans cette partie il faut ajouter au vent annoncé (30-41 noeuds) la vitesse de déplacement de la dépression (30 noeuds). Ça commence à chiffrer !! Les données du vent que nous avons actuellement, de la direction du vent annoncé dans les prochaines heures, et de la pression ne sont pas cohérentes avec la théorie et nous mettent le doute quant à notre position dans la dépression. Pour clarifier le point, le capitaine décide d’appeler papa (que nous réveillons bien-sûr car il est 1h30 chez lui…). Suite au téléphone, on essaye d’arrêter de réfléchir et de faire avec ce qu’on a. 

23h – Le vent monte progressivement, les rafales sont pour le moment à 28 noeuds. Le bout de génois à l’avant tient bien pour l’instant. Nous avançons à plus de 7 noeuds à peu près dans le cap. On commence à entendre quelques déferlantes sur le bateau. Celui qui veille ne dort pas vraiment ! Difficile de se détendre entre 2 checks. Les yeux reviennent toutes les 4 secondes sur la tablette pour constater l’ascension de l’anémomètre. 

Minuit – C’est moi qui suis de quart mais ni Jed ni Tobago ne dorment. Les rafales sont désormais à 32 noeuds. La mer s’est creusée et certaines vagues nous offrent de belles déferlantes et de gros dérapages de côté, Levenez est un vrai surfeur ! Quand on sort prudemment la truffe pour faire le tour d’horizon on perçoit la mer blanche et la crête des vagues qui se fait balayée par le vent. Tobago finit par s’endormir.

Jed prend son quart et, étonnement, je réussi à m’endormir environ 2h. Pendant son quart Levenez tient toujours bon avec son bout de génois. Le vent est resté à peu près le même, mis à part une pointe à 36 noeuds. 

Je prends à nouveau mon quart, espérant que Jed réussisse à dormir un peu. Ça commence mal, au bout de 20’ le vent est plutôt à 30-33 noeuds, le pilote a du mal à tenir le cap, le vent tourne un peu et nous rapproche du vent. Nous enroulons complètement le génois et sortons la trinquette. 

07 juin 2022 * Jour 5

05h – Il fait déjà bien jour et c’est bienvenu ! Le levé de soleil était beau dans cette atmosphère étrange. Je n’ai pas eu le courage de le capturer.

06h – L’heure estimée du pic. Quelques rafales à 34 mais rien de plus pour l’instant. Et la pression commence même légèrement à remonter. C’est bon signe normalement. Est-ce le début de la fin ? 😃 Ne nous emballons pas trop vite. Dans tous les cas, après le passage de la dépression, il y aura probablement bien 24h de mer formée à encaisser avant qu’elle se tasse. 

07h – Toujours pareil pour le vent (30-35), quant à la pression elle joue au yoyo et n’est pas franchement remontée. 

09h – On continue à faire des quarts le jour tant que nous sommes dans ce système météo. Ça monte à 39 noeuds de vent avec Jed. Les déferlantes sont de plus en plus fréquentes. Notre système d’étanchéité de la descente fonctionne mais avec ses limites. La quantité d’eau reçue est trop conséquente, le bois s’est imbibé, ça coule à l’intérieur…

10h – Ça n’a pas l’air prêt à s’arrêter. Levenez s’en sort bien, et le pilote aussi. Tobago dors ou fait semblant. 

11h – On est encore à 35 noeuds, ça ne décroît pas du tout. Ça commence à être long. Moi qui pensais naïvement que ça baisserait progressivement dès 06-07h..!

13h – On est à 40 noeuds établis, 6-7 mètres de creux et toujours de grosses déferlantes. La décroissance tant espérée n’est toujours pas là. C’est très long. Un bidon de carburant renversé fuit sur le pont … 😣

14h – « Toc toc » « Qui est là ? » « C’est ton estomac ! Si ça continue je vais lâcher prise !! » « Eh non ! Je suis allongée depuis ce matin, que veux-tu que je fasse de plus ?! » « Ça ne suffit pas. Les haut-le-cœur provoqués par les hautes vagues et les ballotements de droite à gauche sont trop intenses, même allongé j’y arrive plus ! » « OK, je vais chercher un médicament » « Non !!! Si tu te lèves je craque !! » « … Jed, tu peux m’attraper les médocs stp ? » Le médicament fait effet et je trouve enfin le sommeil. 

15h – Point Tobago 🐕 : après s’être retenu depuis hier soir, il fait enfin pipi « sur » la serpillère ! Hors de question de l’emmener dehors, les déferlantes sont trop fortes et fréquentes. Serpillière à l’intérieur donc, qu’il vise gentiment, mais on ne lui a pas appris à évaluer le degré de gîte pour que ça atterrisse vraiment dessus 😁 Depuis hier soir il n’a ni mangé (sauf 3-4 amandes avec moi à midi), ni bu. Il faut dire qu’on n’est pas généreux en propositions… Tout paraît tellement compliqué. S’autogérer allongés n’est pas évident, mais gérer le chien debout devient une montagne. Dès qu’on se lève le combat de la gravité et de la gîte sur le corps est violent ! On croirait peser 3 tonnes. Tobago se contente de ce qu’on peut lui donner, et reste vraiment très sage. 

16h – Pluie. Le vent diminue, le ciel disparaît et laisse place à un épais voile blanc. 

16h10 – Tonnerre. Un fort et gros coup qui parait très très trop près !! Puis quelques coups ensuite. Espérons en sortir vite. 

17h – Plus de pluie ni d’orage. Quelques rayons de soleil arrivent à percer. On avance doucement mais sûrement, essayant d’éviter les grains, et nous faisant secouer par les vagues comme des pruniers ! Même le capitaine doit gérer sa respiration quand il se lève pour garder le contrôle sur le mal de mer ! Allongés nous décollons presque du matelas. 

19h – J’ai enfin la force de donner une vraie gamelle à Tobago. Il est ravi !! Jed se réveille, on met le nez dehors, rinçons les serpillères et essayons de nous reconnecter. Le temps est apocalyptique. Le ciel est bas, les grains menacent de partout, la mer est encore très formée, le vent faible. Nous sommes complètement déboussolés. On vire. On constate qu’un petit bout du lazy bag s’est déchiré. 

20h – On commence les quarts de la nuit.

21h – Le vent est remonté à 20 noeuds. Avec la mer encore formée on a l’impression de recommencer la nuit précédente… Chaque vague nous donne l’occasion d’entendre l’eau gicler dans les fonds de cale… Nous sommes bâbord amure, les coussins du carré sont maintenant attachés mais celui qui veille doit quand même se tenir pour ne pas finir sous ou sur la table. 

Dans la théorie, l’étape d’après la dépression est l’instabilité (orages, bourrasques, …). On est en plein dedans, c’est génial !!

Jed vide une partie de l’eau des fonds de cale pendant son quart. Trop courageux !

Les images ont évidement été prises aux moments les plus calmes, car dans ceux compliqués aucune tête ne sortait dehors ! La mer en vidéo n’est pas du tout représentative.

08 juin 2022 * Jour 6

Étonnamment nous avons plutôt réussi à dormir cette nuit, en tout cas en dehors de nos quarts. Ce matin le vent fait encore des accélérations étranges ce qui redevient très vite inconfortable dans cette mer formée. La théorie dit que la traîne d’une dépression dure généralement au moins 24h… La libération n’est donc pas encore pour aujourd’hui, ce soir au mieux !

Ça paraît sans fin cette mer creusée, ces déferlantes dans le cockpit, ce vent instable, ce ciel bouché. L’ambiance extérieur est glauque et l’ambiance intérieur est usée. 

Il est 18h, il y a toujours entre 22 et 28 noeuds de vent, pas de quoi calmer la mer ! Aucune ouverture dans le ciel. On paraît coincés dans une bulle morose. Ne parlons pas du cap, on avance au Sud au lieu de Est Nord-Est… Le moral est fébrile pour Jed et pour moi. On ne voit pas la fin. Chaque minute de chaque jour et chaque nuit est longue. On en a vraiment marre. On évite de se partager nos râles-le-bol pour ne pas accentuer l’état négatif de l’autre. On se sent pas très courageux. C’est vrai en soi ça pourrait être bien pire. Mais c’est tellement inconfortable… Et puis on ne s’était pas préparé à ça. On était prêts mentalement pour le sprint d’une nuit compliquée le temps que la dépression passe, mais on avait pas du tout envisagé un « après dépression » aussi fort et long. Du coup psychologiquement on bloque, on ne veut pas accepter la situation, on veut juste que ça s’arrête. Mais ça ne s’arrête pas et nous on reste butés. Petite nature que nous sommes ! 

On fait faire tous les besoins de Tobago à l’intérieur car trop de pluie ou de déferlantes dehors. Ce qui ajoute à l’odeur de renfermé du bateau que nous n’avons pas ouvert depuis 48h. 

La perspective d’une 3e nuit comme ça n’est vraiment pas réjouissante. 

Et pourtant la nuit arrive sans aucune amélioration. 1er quart : Levenez se fait encore malmener par les vagues qui le tapent violemment sur son flanc bâbord. A chaque check il faut vider les fonds de cale. 2e quart : nous avons une route de collision avec un cargo. Merci l’AIS car les vagues sont si hautes qu’il était difficile à voir avant d’être tout près. Je l’appelle à la VHF pour qu’on s’arrange sur nos routes respectives ! Il s’appelle « IT INFINITY », petite pensée à nos amis du voilier Infinity ! 😉 30´ après l’alarme de l’AIS, il nous passe derrière. Le vent commence à diminuer, je n’ose y croire. Mais si, il diminue jusqu’à devenir insignifiant. La mer se tasse avec lui, même si elle reste pour le moment formée avec certaines vagues bien plus grosses que les autres qui nous bousculent fortement à leur passage. Nous dérivons au Sud Ouest (total opposé à notre route Nord Est !). On ressort le génois et gagnons en cap, en vitesse et en confort. Ça fait du bien !!! Le vent ne tarde pas à remonter. 3e quart : 2 ris dans le génois sont nécessaires. 4e quart : les ris pourraient être enlevés, mais j’attends car de gros nuages devant nous sont menaçants. Encore un cargo en route de collision selon l’AIS. Je les appelle, ils nous passeront sur tribord sans problème. 

09 juin 2022 * Jour 7

Pendant presque 60h sans interruption Levenez s’est fait arroser régulièrement par la mer, le ciel s’est fermé, le bateau n’a pas été aéré et est humide, nous n’avons pas mangé de vrais repas, nous n’avons pas pris de douche, nos déplacements à bord ont été précieusement calculés pour limiter le mal de mer et économiser notre énergie …  J’espère vraiment que le soleil va nous faire l’honneur de sa présence aujourd’hui pour sécher ce qui doit l’être et réconforter les cœurs ! 

06h – Pour le moment ce n’est pas encore ça. Le jour s’est levé et le soleil se cache toujours derrière ce mur de nuages. 

Et puis…. 08h – J’aperçois un petit bout de bleu !!!! Un petit bout d’espoir !! Petit à petit cette épaisse barrière de nuage se lève et le soleil apparaît. La mer quitte son vêtement gris et morose pour sa belle robe bleu. Ça fait vraiment du bien au moral et ça redonne de l’énergie. 

Le capitaine se lève avec cette bonne nouvelle. Le contre-coup tombe, mélange de pression qui redescend, de joie, de fatigue, … on est tout déboussolés. Tandis que Jed tente de se reconnecter à la mer en remplissant ses yeux et ses poumons, je mets ce petit regain d’énergie à essayer de rendre notre intérieur plus agréable (parce qu’actuellement ça pue, c’est pas rangé et c’est humide!). Jed fait un tour sur le pont et constate que le bout dehors a souffert 😬 La sous-barbe (tige en inox qui soutient la plateforme sur l’étrave) s’est cassée et toute la plate-forme traînait dans l’eau… Heureusement que nous avions enlevé l’ancre !!!! Je n’ose imaginer le carnage que ça aurait été sur l’étrave si elle était en place et qu’elle avait tapé à chaque vague. Quand nous aurons retrouvé des forces nous devrons la démonter. Ce qui veut dire plus de spy asymétrique possible pour cette traversée, et plus de davier pour l’ancre à l’arrivée.

On met le moteur en soutien du génois pendant 3h pour recharger les batteries qui sont bien descendues entre le travail actif du pilote et les nuages qui ont empêchés de charger via les panneaux solaires. 

Petit à petit on revient à la vie. On se douche sous un doux soleil, et avec de l’eau chaude ! ☺️ On savoure d’être dehors après plus de 48h enfermés. Tobago lui profite d’avoir le canapé pour lui tout seul !! Nous sommes dans le cockpit. Parfois nous discutons, parfois nous ne disons rien. Nos esprits savourent la douceur de l’atterrissage. Dans un moment de silence, Jed me regarde avec un grand sourire comme il sait bien les faire et me dit d’une voix forte « ah la la, c’est bon tout ce bleu !!! ». C’est vrai que c’est bon de voir ce ciel bleu, cette mer bleue. Ils laissent place à un visage plus amicale que lors de leurs colères grises. On échange sur toutes les remises en questions et réflexions qui ont surgit en chacun de nous pendant ces heures compliquées. 

Nous dînons dehors, trop contents de pouvoir l’être, trop contents de se reconnecter avec amour à cet environnement devenu pour 3 jours bien hostile. 

10 juin 2022 * Jour 8

Quelle nuit !!! Levenez ne bougeait quasiment pas, nous n’avons pas eu à toucher aux voiles, nous nous endormions en 1 minute : on a très très bien dormi !! 😃 Peut-être même trop car autant Jed que moi avons sauté quelques checks dans les quarts par panne de réveil 🤭 Le soleil est bien là aujourd’hui, dans un grand ciel bleu. Ça fait beaucoup de bien tout ça 😊

Même s’il fait beau, terminé les petits dej dehors à 05h du matin. Les nuits sont désormais trop humides pour que le teck soit accueillant à cette heure-là. 

Pendant que Levenez trace sa route à 6-7 noeuds toute est calme. Nous retrouvons l’appétit, le goût de la mer et une vie à bord douce. La dépression paraît déjà loin. Jed se replonge dans le livre des Glénans (par envie cette fois) et s’intéresse aux subtilités des ajustements de voile et du fonctionnement des systèmes météo. 

La vie est toute douce. On s’émerveille à nouveau : c’est quand même dingue d’avoir l’océan à perte de vue quand on regarde par n’importe quel hublot ✨

Le premier quart commence mais il fait tellement jour que je ne m’endors pas tout de suite. Jed sort faire son check et en rentrant je l’entend rire : Tobago lui a piqué sa place et fait semblant de dormir quand Jed lui dit de retourner à sa place !! 😄 Il est malin ! 😝 Enfin il a vite perdu à ce jeu car il a finit par terre !

11 juin 2022 * Jour 9

Je me lève pour le dernier quart, Jed a l’air en pleine forme et est en train de manger 😄 Il sort faire un dernier check. En rentrant il me dit qu’il y a plein de méduses à la surface. Depuis la traversée pour les Bermudes nous voyons ces méduses étonnantes : elles flottent à la surface, ont une forme très originale et des couleurs blanches, roses et violettes. J’ai toujours voulu les prendre en photo mais nous avancions toujours trop vite pour que j’ai le temps de prendre l’appareil photo et de viser. Je saisie cette occasion et sors. En effet il y en a partout à tribord, c’est impressionnant. Je tente de les capturer dans l’appareil mais malheureusement le rendu n’est pas aussi représentatif que je l’espérais. Et puis je remarque un remou étrange. Et puis… un aileron !! « JED il y a des dauphins !!! » Il ressort aussitôt du lit qu’il venait de retrouver. Quelques petits dauphins font des apparitions toutes calmes autour de Levenez. Tobago est dingue !! Il en oublie qu’on est en navigation et court sur le passe-avant. C’est pas très grave car nous avançons à peine à 4 noeuds sur une mer toute plate. Le levé du jour est superbe. C’est agréable d’être tous les trois dans le cockpit pour admirer toutes ces merveilles. ✨ Quel cadeau dès le petit matin !!!  

Dans la matinée nous profitons du calme installé pour démonter la plateforme à l’avant. Et en regardant de plus près on constate quelques dommages… L’hypothèse – que nous avions imaginée – d’une grosse vague qui aurait pliée la plateforme devient peu plausible quand on voit les marques sur les angles pont/coque de l’étrave. Avons-nous taper quelque chose ? C’est bien difficile de se faire une idée. Ce qui est sûr c’est qu’on a du travail à l’arrivée. On est partagés entre la déception de ce nouveau problème et le soulagement de ne pas avoir eu d’autres dégâts (trou dans l’étrave, arrachement des balcons, dégradation de l’enrouleur de génois, …). On ne peut rien réparer pour l’instant, alors on essaye de mettre ce soucis dans un coin de nos têtes et de savourer la chance qu’on a aujourd’hui. Le vent est faible mais nous arrivons à avancer à 4,5 noeuds sans voiles qui claquent. Le bateau est calme et stable, c’est agréable de cuisiner. 

L’après-midi on se croirait au mouillage. L’excitation monte chez Tobago, on joue un peu avec lui. Tout est si calme et apaisé autour de nous, c’est irréel. Comme annoncé le vent monte et tourne pendant la nuit. Nous sommes au près avec 12 noeuds de vent, idéal pour bien avancer (6-7 noeuds). La lune commence à être bien remplie et nous éclaire chaleureusement. 

12 juin 2022 * Jour 10

Au réveil ce matin j’ai comme l’impression de m’être fait piqué un bout de mon oreiller, et de mon épaule !! 😄 

Nous sommes au près aujourd’hui, donc il y a de de la gîte. Mais c’est supportable. Nous avançons bien. Je me lance dans une lessive puis dans un pain et j’anticipe la préparation du repas de ce soir 🥁🥁🥁… une tartiflette !!! 😋 Le problème avec le pain (ma recette en tout cas), c’est que je prépare la pâte, puis je laisse reposer 1h, je repétrie, et laisse à nouveau reposer 30’ avant de cuire pendant 30’. Donc il peut s’en passer des choses pendant ce laps de temps entre le début et la fin !! Surtout qu’au milieu on a déjeuné. Pendant tout ce temps donc, le vent a forci et il devient sportif de terminer le pain et la vaisselle. Sans que je ne dise rien, le capitaine a abattu (a écarté le bateau du vent) pour réduire la gîte le temps que je finisse mes petites affaires 🥰 C’est pas un mari-capitaine en or ça ?! 

L’après-midi le vent monte encore et le ciel se couvre.

Et puis viens l’heure de faire chauffer la tartiflette : ça sent le ski dans tout le bateau !!!! 😋 Il semble y avoir plus de fromage que de patates 😅

02h : changement de quart. Dans les 5 min où nous sommes tous les deux debout, on entend un bruit fort, sec, anormal. On sort tous les deux et on observe le bateau. Trouvé ! La poulie inférieur du hale-bas de la baume s’est cassée. On s’équipe de nos polaires et de nos lampes frontales, on défait le hale-bas, on cherche une poulie dans nos spairs et on remonte le tout. Même avec les polaires, ça caille !!! 

Retour au quarts, Jed en veille dans le canap et moi je dors dans le lit jusqu’à 05h… Ah non en fait jusqu’à 09h30 !!! 😲🤭

13 juin 2022 * Jour 11

Malgré cette heure tardive de levé, il ne fait pas chaud dehors. Les nuages cachent le soleil, l’air est frais et sec, comme un hiver européen. Ça faisait longtemps qu’on n’avait pas ressenti ce froid là ! Dans le bateau en revanche il fait bon. 

Le temps ne se lève pas et nous apprécions un déjeuner chaud, avec en dessert … des crêpes au chocolat chaudes !!! Il y a comme un air de Bretagne et de cousins à bord !!! 😊

Ce froid, ce ciel bas, nous déboussolent un petit peu. Sans compter que les prévisions sont bien plus fortes qu’annoncées (17 noeuds de vent au lieu de 7 noeuds) , on ne sait pas bien à quoi s’attendre. Mais l’orientation du vent (largue) nous garde une vie à bord agréable – fraîche mais agréable !! 

Fin d’après-midi nous prenons 2 ris dans la GV. Comme après chaque manœuvre, après le « bien joué capitaine », il y a la question réciproque « tu t’es pas fait mal ? ». Jusqu’à maintenant la réponse a toujours été « non » et on est bien contents ! 😃🤞

Nous voyons passer à côté du bateau une bouée de pêche à la dérive. C’est au moins la 5e depuis le début de cette traversée, sans compter toutes celles que nous n’avons pas vu. On a de la chance de ne pas les prendre sur la coque, dans l’hélice ou dans le safran !

Nous commençons la nuit plongés dans le brouillard et une petite bruine qui tombe. Pendant son quart Jed voit un cargo à l’AIS qu’il ne verra à l’œil nu que lorsqu’il sera à 3 miles. Premier changement de quart : le vent a progressivement baissé et nous n’avançons plus. Nous rentrons le génois et démarrons le moteur. Un bruit étrange nous fait ouvrir la descente d’escalier pour accéder au moteur. Il faut resserrer un écrou. Pour dégager le passage nous remettons en place les escaliers sans les verrouillés et sortons dans le cockpit  1 minute. Tobago le petit curieux veut nous rejoindre… il commence à monter mais l’escalier bascule sur lui 😣 Lui qui n’est pas douillet, il couine un peu. Il s’est fait écrasé une patte au moins, qui est bien éraflée et qu’il ne pose plus par terre 🥺. On le rassure et le couche sur le canapé. Il mettra plusieurs heures à se détendre et s’endormir. Espérons que ce ne soit rien de grave et que demain il n’aura qu’un petit bobo et quelques courbatures…

04h : le vent a légèrement monté, je tente de ressortir les voiles. On avance péniblement à 3 noeuds, certaines vagues font claquer les voiles, mais on tente comme ça. On a 1,5 noeuds de courant contre nous, dommage ! Au bout d’une heure on remet le moteur en appui des voiles, et ce pour le reste de la nuit. 

14 juin 2022 * Jour 12

09h : Enfin le vent revient et nous pouvons éteindre le moteur !! Le soleil lui aussi pointe le bout de son nez et le ciel est découvert, ça fait beaucoup de bien !!! 

Jed voit une baleine à 100m du bateau !!!! 😲🤩 Le temps que je sorte elle a disparu. Puis des dauphins passent dire bonjour ! Ils ne restent pas très longtemps non plus. Nous profitons de ce beau temps pour aérer le bateau et prendre une douche, après 3 jours ça fait beaucoup beaucoup de bien !! Pendant ma douche je vois de nouveau une baleine ! Que de vie ce matin !! 

Et puis quand on est bien on en oublie qu’on navigue. Alors on pose la poêle de lardons oignons crème sur la table et on continue sa petite vie. Jusqu’à ce que LA vague passe et emmène la poêle par terre. Son contenu tapisse généreusement le sol 😫 Alors on ramasse, et on recommence ! Dans sa convalescence Tobago trouve l’énergie de descendre du canapé pour nettoyer gentiment ce carnage ! La gourmandise dépasse tous les maux, mais il a quand même encore du mal à poser sa patte qui a bien enflée…

Au cours de l’après-midi le ciel se couvre jusqu’à nous apporter de nouveau ce vent frais hivernal. 

En fin d’aprèm nous voyons une voile à l’horizon !! Un spi plus précisément ! C’est la première fois en traversée que nous voyons un voilier !!! Il n’apparaît pas sur l’AIS. Nous essayons de l’appeler à la VHF mais pas de réponse. C’est finalement un autre voilier, « Emma», qui nous répond à la VHF. Eux nous ne les voyons ni sur l’AIS ni à l’œil nu.

Chez Tobago pas d’amélioration. On espère que ça va passer avant l’arrivée sinon ça va lui prolonger sa quarantaine de balades 😔

23h30 : nous croisons le voilier Emma à moins de 2 miles. On les a donc capté de très loin tout à l’heure !

15 juin 2022 * Jour 13

Ce matin est peut-être notre dernier matin en mer de cette traversée !! Le ciel est encore bien bas mais nous nous dirigeons vers la lumière. Tobago réussit à monter les escaliers tout seul et à faire ses besoins (pour lesquels il s’appuie fortement sur ses pattes arrières tout en gérant les mouvements du bateau). C’est une très bonne nouvelle !! Et ça lui donne des ailes ! Il est tout excité et semble oublier le drame. Il est quand même rapidement l’épuisé.

08h30 : 75 miles de Flores, nous entendons parler portugais à la VHF !! 

Toute la stratégie du jour va être d’essayer de maintenir 6 noeuds minimum de vitesse, voiles + moteur si besoin, pour arriver avant la nuit. À Florès l’arrivée est au port, ça sera donc plus confortable de s’amarrer de jour. 

Entre le vent qui baisse et le courant contre, les éléments ne nous aident pas trop à tenir notre objectif des 6 noeuds..! Le temps est tout grincheux, comme un crachin breton qui ne passe pas. On espère que le soleil nous attend aux Açores !! 🤞 En attendant, je ressors mes pantoufles bien coucounes !!

Nous avançons au moteur pour finir. Après une bonne dernière douche en mer nous préparons tranquillement l’arrivée et faisons le ménage du bateau. Et puis le soleil nous fait des petits signes. Nous restons dans le cockpit débriefant sur cette traversée. Dépression mise à part, nous avons vraiment aimé ces jours tout particuliers. La vie à bord était confortable et nous avons pu prendre des douches, faire tourner le dessal, aérer le bateau, faire une lessive, cuisiner, selon nos besoins et envies. Moi qui craignait tant cette traversée à la météo aléatoire, c’est finalement un atout car le rythme change et il y a des pauses de vent, de mer, de pétole. L’adaptation de Tobago fait aussi partie des grandes surprises positives de cette expérience.

L’île de Flores nous apparaît d’un coup, sortie des nuages !! Ça fait tout drôle !!!!! 🤪 Le beau temps arrive aussi sur Flores derrière nous, mais avant les nuages semblent chargés de pluie. Pourvu que ce soit le ciel bleu qui gagne pour l’arrivée !! 

On approche, on approche. Flores se laisse admirer délicatement. On a vraiment l’impression que l’île à immergée du milieu de l’océan. La côte qui nous accueille est très verte et abrupte. 

Ça y est Tobago a repéré la terre !!! Il essaye de se contenir, pas sûr du programme, mais c’est plus fort que lui : il est tout chose ! Il ne tient pas en place, rentre, sort, passe d’une assise à l’autre dans le cockpit ! Et puis : pointé de truffe, il sent à nouveau plein d’odeurs !!

On y est presque. Et on espère qu’il y a une place pour nous au port. 🤞🤞🤞Pour le moment la marina ne répond pas à nos appels VHF. Si pas de place, ça veut dire mouillage sans davier – pas très sécuritaire – ou départ pour 24h de nav direction Horta… Toujours pas de réponse, nous entrons dans le port. A peine l’étrave de Levenez entrée que nous voyons des bras et des sourires nous accueillir. C’est Le GG et Takoun qui sont arrivés dans la journée !! Trop chouette comme accueil !! En fait ici le port n’est pas vraiment opérationnel. Suite à une tempête en 2018 (18m de vagues 😱) il est en reconstruction. Donc officiellement pas ouvert mais ils tolèrent les bateaux arrivant de transat pour 48h. Il n’y a que 2 pontons et ensuite on se met à couple. C’est sympa comme ambiance, atypique et familiale. Nous nous mettons à couple de Takoun. Ça y est, Levenez est à l’arrêt, le moteur est coupé : on l’a fait !! Tobago est sur excité !!! On fait péter le champagne 🍾🤩